Fin de la prime, surplus à 1 centime : ce que la réforme du 4 juin 2026 change vraiment
⚡ L'essentiel en 30 secondes
- La prime à l'autoconsommation est supprimée pour toute nouvelle demande depuis le 5 juin 2026 — elle valait encore 80 €/kWc au printemps.
- Le surplus injecté n'est plus racheté que 1,1 centime d'euro le kWh, contre 4 centimes la veille : vendre son électricité ne rapporte presque plus rien.
- Vos contrats déjà signés ne bougent pas : les conditions sont garanties 20 ans, figées à la date de votre demande de raccordement.
- Les kits plug & play en CACSI ne perdent rien — ils n'ont jamais rien touché — et leur logique d'autoconsommation devient celle de tout le marché.
Jeudi matin, le téléphone du comptoir de Parthenay n'a presque pas arrêté : « J'ai vu aux infos que les aides solaires étaient supprimées, est-ce que ça vaut encore le coup ? » La question mérite mieux qu'un titre de journal. Oui, l'arrêté publié au Journal officiel le 4 juin 2026 est un vrai séisme pour une partie du marché. Non, il ne condamne pas votre projet — il change simplement, et brutalement, la réponse à une question que nous posons à chaque client depuis des années : votre électricité solaire, vous comptez la vendre ou la consommer ? Depuis vendredi, il n'y a plus vraiment de débat. Décortiquons.
Ce que l'arrêté change, noir sur blanc
1.1 — La prime à l'autoconsommation disparaît
Jusqu'au 4 juin, une installation en toiture avec revente du surplus ouvrait droit à une prime à l'investissement : 80 € par kilowatt-crête pour les installations jusqu'à 9 kWc au dernier barème, soit 240 € pour 3 kWc et 720 € pour 9 kWc. Pour toute demande complète de raccordement déposée depuis le 5 juin, cette prime n'existe plus. Pas réduite, pas conditionnée : supprimée.
1.2 — Le surplus racheté 1,1 centime le kilowattheure
C'est la mesure la plus lourde. Le tarif d'achat du surplus passe de 4 centimes à 1,1 c€/kWh hors taxe (avec une indexation de 2 % par an, sur un contrat qui reste signé pour 20 ans). Divisé par presque quatre. Pour donner un ordre de grandeur : un surplus annuel de 1 000 kWh, qui rapportait 40 € l'an dernier, en rapportera 11. De quoi payer deux baguettes par mois.
1.3 — La vente en totalité tire sa révérence
Le modèle historique « je produis, j'injecte tout, EDF m'achète tout » disparaît du dispositif pour les installations résidentielles et petites toitures professionnelles jusqu'à 100 kWc. Le message du régulateur tient en un mot : autoconsommez.
1.4 — Qui est concerné, à partir de quand
La Commission de régulation de l'énergie a rendu son avis favorable le 22 mai, l'arrêté est paru le 4 juin, et il s'applique aux nouvelles demandes complètes de raccordement. Ce qui compte, c'est la date à laquelle Enedis juge votre dossier complet — pas la date de pose des panneaux.
Vous êtes déjà équipé ? Respirez : un contrat d'obligation d'achat signé est garanti 20 ans aux conditions de votre demande initiale. La réforme ne s'applique qu'aux nouveaux dossiers — personne ne viendra rogner votre tarif en cours de route.
Pourquoi l'État a refermé le guichet
On peut crier à la trahison, ou regarder les chiffres. Fin 2025, les demandes de raccordement sur le segment des petites et moyennes toitures représentaient environ trois fois l'objectif que s'était fixé la régulation : le guichet, conçu comme un robinet, était devenu une écluse grande ouverte. Dans le même temps, le prix des panneaux a fondu de plus de moitié en dix ans. La prime, c'était une prime de défrichage : on payait les pionniers pour ouvrir la piste quand le matériel coûtait une fortune et que personne n'osait y aller. La piste est aujourd'hui une départementale goudronnée — l'État estime qu'il n'a plus à payer le péage à votre place. On peut contester le calendrier brutal (nous le contestons : deux jours entre la parution et l'application, c'est rude pour les dossiers en cours de constitution). Sur le fond, la direction était écrite depuis deux ans : chaque trimestre, prime et tarif baissaient déjà.
Concrètement, chez vous : quatre situations
| Avant le 5 juin 2026 | Depuis le 5 juin 2026 | |
|---|---|---|
| Prime à l'autoconsommation | 80 €/kWc (≤ 9 kWc) | Supprimée |
| Rachat du surplus | 4 c€/kWh | 1,1 c€/kWh HT |
| Vente en totalité | Possible selon puissance | Supprimée jusqu'à 100 kWc |
| Valeur du kWh autoconsommé | ≈ 20 à 25 c€ évités | ≈ 20 à 25 c€ évités — inchangée |
Vous êtes déjà équipé. Rien ne change pour vous, ni sur la prime déjà perçue ni sur votre tarif de rachat. Seule évolution intelligente à envisager : puisque votre surplus futur ne sera pas mieux valorisé, tout ce que vous déplacez comme consommation vers les heures de production travaille pour vous.
Vous prépariez une toiture avec revente. C'est votre plan de financement qui bascule : la revente ne rembourse plus l'installation, ce sont les kilowattheures que vous ne payez plus qui le font. Une toiture reste pertinente — mais à condition d'être dimensionnée sur votre consommation réelle, pas sur le fantasme d'un revenu d'injection. C'est un travail de dentelle qui relève de notre maison-mère ROY HABITAT, et le dimensionnement honnête n'a jamais été aussi important qu'aujourd'hui.
Vous regardiez les kits plug & play. Voilà le paradoxe savoureux de cette réforme : le kit sur prise déclaré en CACSI n'a jamais touché ni prime ni rachat — son surplus est cédé gratuitement depuis toujours. Il ne perd donc strictement rien le 5 juin. Sa philosophie — produire petit, consommer tout, zéro paperasse — était minoritaire il y a cinq ans ; elle est désormais, mot pour mot, celle que la réglementation impose à tout le marché. Le plug & play n'a pas rejoint la norme : la norme l'a rejoint.
Vous hésitiez sur une batterie. Lisez la section suivante — c'est elle, la grande gagnante du 4 juin.
Le kWh stocké vaut vingt fois le kWh vendu
Faisons le calcul qui résume toute la réforme. Un kilowattheure injecté sur le réseau vous est payé 1,1 centime. Le même kilowattheure, consommé chez vous au lieu d'être acheté à votre fournisseur, vous évite de débourser 20 à 25 centimes selon votre contrat. L'écart est de l'ordre de un à vingt. C'est l'histoire du potager : vendre votre surplus, c'est céder vos légumes dix centimes le cageot au supermarché qui vous les revend deux euros le kilo. La solution n'est pas de mieux négocier le cageot — c'est de manger vos légumes. Et quand le potager produit à midi alors que vous dînez à 20 h, il vous faut un bocal de conserve : c'est exactement le rôle d'une batterie plug & play, qui capte la production de la mi-journée pour la restituer le soir. L'arbitrage économique de la batterie, qui était déjà favorable, vient de voir son principal concurrent — la revente — réduit à presque rien. Marstek, Anker Solix, Zendure, EcoFlow : toutes les marques sérieuses du secteur l'ont compris, et leurs gammes 2026 visent précisément ce créneau.
Notre avis sans détour
La fin de la rente n'est pas la fin de la rentabilité. Ce qui meurt le 5 juin, c'est le solaire-placement, celui qu'on achetait comme un livret avec un rendement garanti par l'État. Ce qui reste — et qui n'a jamais été aussi solide, avec un matériel deux fois moins cher qu'il y a dix ans et une électricité durablement chère — c'est le solaire-outil : un équipement qui réduit une facture, comme une pompe à chaleur ou une bonne isolation. Notre conseil d'installateur : un projet qui avait besoin d'une subvention pour tenir debout n'était pas un bon projet ; un bon projet tient par les kilowattheures qu'il vous évite d'acheter.
Un mot de prudence, ensuite, parce qu'on connaît la musique : les semaines qui viennent vont voir fleurir le démarchage panique — « signez vite, les aides disparaissent ! ». C'est doublement malhonnête : la réforme est déjà en vigueur, il n'y a plus rien à attraper au vol, et la précipitation est précisément ce qui fait signer de mauvais devis. Si on vous presse, raccrochez.
Et maintenant ? La marche à suivre
Première étape, mesurer ce que votre maison consomme en continu — c'est ce talon qui détermine la taille du kit idéal, et nous avons consacré un guide complet au dimensionnement. Deuxième étape, passer votre projet au simulateur avec l'ensoleillement réel des Deux-Sèvres : il raisonne en autoconsommation d'abord, exactement la logique que la réforme vient d'imposer. Troisième étape, si vous partez sur un kit : la déclaration CACSI auprès d'Enedis, elle, n'a pas bougé d'une virgule — quinze minutes en ligne, gratuites, notre guide pas à pas vous tient la main.
En résumé : le 4 juin 2026 ne tue pas le solaire des particuliers, il tue la revente. Si votre projet consistait à vendre de l'électricité, il faut le repenser ; s'il consistait à ne plus en acheter, il vient de recevoir la bénédiction officielle du régulateur. Et comme les règles tarifaires bougent désormais vite, nous tiendrons cet article à jour — c'est l'avantage d'un blog tenu par des installateurs de Parthenay plutôt que par une régie publicitaire.
Questions fréquentes
La prime à l'autoconsommation existe-t-elle encore en 2026 ?
Non, plus pour les nouvelles demandes : l'arrêté du 4 juin 2026 l'a supprimée à compter du 5 juin. Les dossiers dont la demande complète de raccordement est antérieure conservent le barème en vigueur à leur date de dépôt.
Mon contrat de rachat signé avant juin 2026 est-il remis en cause ?
Non. Un contrat d'obligation d'achat court sur 20 ans aux conditions fixées par la date de votre demande de raccordement. La réforme ne concerne que les nouveaux dossiers.
Combien est racheté le surplus photovoltaïque désormais ?
1,1 centime d'euro par kilowattheure hors taxe, avec une indexation de 2 % par an, sur un contrat de 20 ans. C'est environ quatre fois moins que le tarif précédent.
Un kit solaire plug & play est-il concerné par la réforme ?
Non. Déclaré en CACSI (autoconsommation sans injection vendue), il ne touchait déjà ni prime ni rachat : son modèle économique repose entièrement sur les kilowattheures autoconsommés, et il ne perd donc rien.
Une batterie devient-elle plus intéressante après la réforme ?
Mécaniquement, oui : l'écart entre un kWh vendu (1,1 centime) et un kWh autoconsommé (20 à 25 centimes évités) n'a jamais été aussi grand. Reste à la dimensionner sur votre consommation du soir — c'est l'objet de notre guide rentabilité.
Photo de couverture : Marta Victoria / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
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